Nouakchott

Reportage La danse du Kumpo fait renaître la Casamance à Nouakchott

La danse du Kumpo, masque traditionnel diola, a ouvert les Journées culturelles casamançaises à Nouakchott. Habillé de feuilles de palmier, la tête surmontée d’un bâton, il tourbillonne devant des spectateurs éblouis.

Image La danse du masque Kumpo lors des Journées culturelles casamançaises à Nouakchott, le 28 décembre 2025.
  • Publié le 8 janvier 2026 à 14:18
    Mise à jour 8 janvier 2026 à 20:43
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    Du 26 au 28 décembre 2025, Nouakchott a vibré aux rythmes et aux couleurs de la Casamance (sud du Sénégal), à l’occasion de la cinquième édition des Journées culturelles casamançaises, organisées par l’association Kajamoor, qui regroupe les ressortissants casamançais vivant en Mauritanie.


    Trois jours de célébration dans trois lieux — l’Ambassade du Sénégal, la salle Cordon Bleu et au 5ᵉ arrondissement — ont permis une immersion culturelle et spirituelle.



    Le masque traditionnel jola Agoumbala présenté à Nouakchott, le 26 décembre 2025.


    À travers la musique et la danse du Kumpo ainsi que d’autres masques (Niasse, Agoumbala, Samay et Masai), les Casamançais, toutes générations confondues, rappellent leur identité et partagent leur héritage avec leurs compatriotes sénégalais et hôtes mauritaniens.


    MASQUES, TRADITIONS ET FIERTÉ CASAMANÇAISE


    La Casamance est un carrefour de cultures, de langues et de communautés. Parmi elles, les Diolas occupent une place centrale grâce à leur riche patrimoine artistique. Les masques diola, piliers de cette tradition, allient esthétique, symbolisme et rites ancestraux.



    Le masque traditionnel jola Niasse à Nouakchott, le 26 décembre 2025.


    Cinq masques ont été présentés, chacun avec son habillement spécifique, sa danse et son chant, accompagnés par un orchestre de percussionnistes, venus de la Casamance. Le Kumpo, le plus emblématique, ouvre et clôt la cérémonie. Entièrement recouvert de fibres végétales, sa tête coiffée d’un bâton surmonté d’un arc lui permet de tourner comme un tourbillon.



    "Le Kumpo n’est pas considéré comme un être humain, mais comme notre esprit protecteur. Son porteur reste anonyme, entièrement recouvert de fibres de rônier et de palmier, et doit se retirer en forêt pour revêtir le masque, accompagné uniquement d’hommes initiés, sans la présence de femmes", explique Bakari Diémé, conservateur des masques diolas, venu de la Casamance.


    La danse du Kumpo évoque la chasse en forêt sous la protection de l’esprit des ancêtres et enseigne aux jeunes le respect des traditions ainsi que la solidarité communautaire.Sacré et transmis par les ancêtres, le Kumpo est accompagné d’autres masques, comme le Niasse, qui utilise un bâton pour corriger et éduquer les enfants. Ces danses restent un moyen essentiel de transmettre les valeurs et le patrimoine culturel de la région.


    Transporter ces masques jusqu’en Mauritanie reste toutefois complexe et coûteux. « Nous aurions besoin du soutien des ambassades de Mauritanie et du Sénégal, et d’ONG, pour assurer la pérennité de l’événement à Nouakchott », conclut Bakari Diémé. Le suite de notre entretien avec Bakari Diémé est à suivre sur YouTube



    LA CASAMANCE VIBRE LOIN DE SES TERRES


    Assange Gueye, président de la communauté sénégalaise en Mauritanie, Nouakchott, 26 décembre 2025.


    L’événement a rassemblé différentes communautés sénégalaises, précise Moussa Sané, président de Kajamoor :


    « Chaque année, la cérémonie rassemble les sénégalais en Mauritanie. Cette fois, la communauté wolof, dirigée par Madame Yacine Dibo, a livré un spectacle remarquable avec des habits traditionnels. Grâce à la culture, nous nous rapprochons de nos frères et sœurs de Mauritanie. C’est de la diplomatie culturelle. »



    Yacine Dibo menant les danseuses traditionnelles wolof, Nouakchott, 28 décembre 2025.


    Madame Dibo explique de son côté : « Les couleurs, les tissus et les motifs reflètent présentés reflètent notre identité culturelle et notre fierté sénégalaise. Même loin du pays, nous restons soudés. »



    Nous vous invitons à lire aussi notre reportage sur la communauté ivoirienne en Mauritanie


    Ibou Badiane, doyen de la communauté diola en Mauritanie, explique :

    « La Casamance est composée de plusieurs ethnies : Diola, Baïnunk, Mandingue, Balante et bien d’autres. Nous avons créé l’association des ressortissants de la Casamance naturelle pour renforcer la cohésion sociale, organiser des manifestations culturelles et religieuses, et contribuer au rapprochement entre la Mauritanie et le Sénégal. »


    Le Kumpo, plus qu’un objet de spectacle, est un symbole de cohésion sociale et d’éducation civique. Sa fabrication demande un savoir-faire rare et des « matériaux sacrés », ce qui en fait un objet précieux.



    ENTRE HÉRITAGE ET EXIL


    La tribune officielle, lors des Journées culturelles casamançaises à Nouakchott, le 28 décembre 2025.


    Pendant trois jours, la cérémonie a alterné chants, danses et percussions, avec des tenues traditionnelles : pagnes, boubous décorés, parures en perles. Dans une rivalité amicale, les jeunes dames s’habillent en marron et les aînées en bleu. Et les plus audacieuse n’hésitent pas à provoquer le Kumpo.


    Une vielle dame, ressortissante casamançaise vivant à Nouakchott confie :

    « Beaucoup de casamançais vivent loin de chez eux pendant des années et ressentent une forte nostalgie. Ils ne rateraient pour rien cet événement, qui leur permet de revivre la tradition. »


    Entre transmission des savoirs, diplomatie culturelle et célébration du patrimoine, le Kumpo et les autres masques diolas constituent le lien entre le passé et le présent, entre la Casamance et sa diaspora, entre générations et communautés.


    « Loin de la Casamance, le Kumpo rappelle que, même en exil, la culture reste une terre où l’on peut toujours revenir », conclut Bakari Diémé.



    Cheikh T. Thiongane (Gauche), pharmacien et responsables de la communauté sénégalaise en Mauritanie, Nouakchott, 26 décembre 2025.


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    POUR APPROFONDIR SUR LES MASQUES DIOLA


    BADJI, Abdou (2023), « La place du masque Kumpo en milieu diola de Basse Casamance », in TINE, Benoît (dir.), Revue Internationale des Sciences Économiques et Sociales (RISES), no 4, Espaces, patrimoine et développement durable, Éditions des Archives contemporaines, coll. « Presses Universitaires de Ziguinchor », France, pp. 31-46.DOI : https://eac.ac/articles/8162

  • Rédacteur . profile-pic Mohamed Diop
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